Année d'édition : 2012
Edition : le pré aux clercs (pandore)
Nombre de pages : 451
Public visé : Young Adult
Quatrième de couverture :
Un
monde qui ressemble à notre Renaissance, menacé par la montée des
océans grouillant de créatures maléfiques, où règne la violence, la
famine et la misère. L’Église des Cendres prospère sur tout ce
désespoir, menée par la mystérieuse Marie aux yeux verts. Dans une des
dernières villes émergées, Joad tente d’apaiser les souffrances et se
prépare à affronter l’Armée des Cendres. Joad et Marie vont s’engager
dans une course dont l’enjeu n’est rien de moins que le sort du monde.

Je remercie Le Pré-aux-Clercs et Mort-Sûre de m’avoir permis de découvrir ce livre.
La
dernière lame est un roman est un roman qui a été écrit par Estelle
Faye, qui est scénariste et travaille initialement dans le cinéma. Et
cela se voit beaucoup dans sa manière d’écrire, qui est extrêmement
visuelle. Son style littéraire est composé de phrases courtes,
incisives. Même les passages d’action sont très descriptifs dans leur
construction. De même, pour les sentiments des personnages, c’est
généralement de la description, où l’on nous explique leur ressenti,
leur passé, leurs buts du moment.
La structure d’ensemble du
texte est également assez perturbante. Le roman tout entier est
essentiellement bâti sur des séquences « d’ambiance » extra-courtes,
souvent d’une ou deux pages (et c’est écrit très gros, au point qu’en
feuilletant le livre on a l’impression que c’est pour du très jeune
public, alors que ce n’est pas le cas). Ces séquences se succèdent en
changeant systématiquement le personnage et le lieu de l’action. On suit
donc simultanément des protagonistes très différents, pas toujours
présentés, souvent nouveaux ou figurants, en sautant sans cesse de l’un à
l’autre sans suivi prolongé de l’un d’eux. La manœuvre n’est pas
inintéressante, mais le résultat m’a vraiment paru difficile à suivre.
Il faut sans cesse se rappeler de tous les protagonistes, d’où ils
étaient et ce qu’ils étaient en train de faire, et la fois suivante
qu’on les retrouve il y a généralement eu une ellipse et il faut faire
le lien entre les deux scènes, et ce tout le temps et avec chaque
intrigue individuelle. Il y a donc une gymnastique constante à faire et
on peut difficilement se plonger dans le livre en se laissant juste
porter par le récit, car il faut sans cesse réfléchir pour se rappeler,
surtout si on ne lit pas le roman d’une traite.
Concernant le
récit intégral, l’ensemble m’a paru manquer d’unité et je n’ai pas
toujours compris les choix d’orientation donnés à l’intrigue par
l’auteur. Par exemple, le prologue nous présente Julian ab Népanthès et
lui donne une certaine importance en sous-entendant qu’il connaîtrait la
façon de sauver le monde de la montée des flots. Mais par la suite,
Julian devient un personnage complètement secondaire, et son destin est
tel qu’en fin de compte son importance dans l’intrigue se révèle presque
négligeable. Même la traduction des tatouages qu’il porte sur le corps,
et qui constituent un mystère constant, on ne voit pas trop à quoi cela
mène au final, quelle est leur utilité en fin de compte.
Quant à
Séverina/Marie, je n’ai pas vraiment saisi l’utilité de présenter sa
vie d’avant avec pas mal de détails, alors qu’après c’est complètement
oublié et qu’elle ne le récupère jamais. Quel est le but de l’existence
de Marie, à quoi son aventure a-t-elle servi à la fin, quel fut le sens
de sa vie ? Je dois dire qu’après avoir terminé le roman, j’aurais bien
de la peine à répondre à cette question.
Concernant la montée
des eaux et le sauvetage du monde, cette notion apparaît dans le
prologue et à la toute fin du roman, mais est quasiment laissée de côté
durant tout le milieu. Personne ne recherche de solution à cette crue
qui semble inéluctable au point que les habitants de cette époque n’ont
plus beaucoup d’espoir sur leur avenir. Les actes et certaines
mésaventures arrivant aux personnages vont mener vers cette conclusion,
mais eux-mêmes ne la recherchent pas sciemment. Si bien que je n’ai pas
ressenti de suspens, ou d’attente, au fil de ma lecture.
De
même, l’Église des Cendres est présentée avec une telle importance au
début du roman, qu’on a l’impression d’une entité centrale autour de
laquelle va se jouer l’intrigue. Alors que ce n’est pas le cas du tout.
Elle vite laissée de côté au fil des événements. Ce qui est dommage.
Comme Séverina, Julian ou d’autres éléments que j’ai cités ou pas,
l’Église des Cendres est mise en avant et finalement oubliée, et à la
fin on ne sait pas trop à quoi cela a servi de l’évoquer.
À
l’inverse, le personnage de Jester apparaît de nulle part en plein
milieu du roman, alors qu’elle aura beaucoup d’importance par la suite.
En
fait, si je devais définir la structure de La dernière lame, ce serait
sans doute par le terme « décousu ». Entre le texte qui saute sans arrêt
d’une séquence à une autre, les protagonistes qui manquent de suivi, la
montée des eaux et la fin du monde qui ne sont guère évoqués, et les
différentes parties du texte qui ne sont guère liées entre elles, des
personnages qui disparaissent ou apparaissent sans que leur rôle n’ait
été clairement défini, tout cela n’a pas vraiment d’unité ou de clarté.
C’est à la fois difficile à suivre et difficile à comprendre, même si
l’on suit. Pour toutes ces raisons, ce roman n’est pas vraiment un coup
de cœur, même si à part il y a quelques aspects qui m’ont plu.
Par
exemple, j’ai trouvé l’univers assez original. Beaucoup de romans de
fantasy se contentent de vaguement recopier le Moyen-Âge, là il y a bien
une inspiration historique mais plutôt tirée de la Renaissance. On
reconnaît certains aspects de cette période mais d’autres, plus
personnels, sont propres à un univers fantasy. À part ça, cet univers
n’est malheureusement pas très développé, pas très présenté, et j’aurais
bien voulu en savoir davantage. J’ai trouvé que certains aspects
n’étaient pas assez expliqués, sinon qu’on en retient soit un manque de
clarté, soit un sentiment de frustration face aux peu d’éléments donnés.
J’aurais voulu en savoir plus sur les Façonneurs, notamment.
J’ai plus ou moins compris que ce qu’ils étaient, mais pourquoi sont-ils
ce qu’ils sont ? D’où viennent-ils, d’où viennent leurs facultés, où
vivent-ils et quel est leur but ? Ils sont là et ont de l’importance
dans ce roman mais on en sait tellement peu sur eux !
L’Ombre,
aussi. Qu’est-ce que c’est, d’où vient-elle ? Est-elle liée à la montée
des eaux ? L’Ombre est mentionnée vers le milieu du roman, apparaissant
un peu de nulle part (comme Jester), et même à la fin son rôle ne reste
pas très clair. On a l’impression qu’il fallait à tout prix évoquer une
force obscure ténébreuse parce qu’on est dans de la fantasy.
Pour
en revenir à ce que j’ai aimé, j’ai apprécié le personnage de Joad, à
mon sens le plus intéressant et attachant du roman. Rien que
physiquement, ses prothèses le distinguent de ses semblables. Le
traitement qui lui est réservé est également intéressant : il ne connaît
pas que des réussites, mais pas non plus que des échecs, il a un
caractère sympathique, et la redécouverte de son passé l’approfondit,
sans parler de l’émotion qui accompagne ces passages. C’est le
personnage que j’ai eu le plus de plaisir à suivre et qui m’a paru le
plus cohérent et subtil du roman.
J’ai aussi trouvé sympathique
le fait que malgré que Marie et Joad soient les deux personnages
principaux du roman, ils ne sont pas pour autant ensemble, en groupe.
Ils évoluent chacun de leur côté et il arrive que leurs routes se
croisent, mais sinon leurs aventures sont individuelles.
Dans
l’ensemble, La dernière lame a été pour moi une lecture plaisante, ayant
certaines qualités. Mais le manque de développement de l’univers, des
peuples ou des protagonistes, me laisse sur ma faim. Et j’en garde quand
même aussi, parallèlement, une impression de lecture laborieuse en
raison du côté décousu et descriptif du texte. J’ai de toute évidence
éprouvé certaines difficultés de compréhension, et j’ai espéré éclairer
ma lanterne, mieux comprendre le livre, en regardant la vidéo sur
laquelle on voit l’auteur parler de son roman.
J’en suis
ressortie en me posant encore plus de questions qu’avant. Dans la vidéo,
l’auteur évoque son amour pour l’océan, amour qu’on ne ressent pas du
tout dans son texte puisque l’océan est vu comme dangereux, la montée
des eaux s’apprêtant à engloutir le monde. Malgré que le texte soit très
descriptif, il n’y a pas guère de descriptions des eaux, et même quand
des noms de poissons sont évoqués, ce sont des espèces basiques, peu
variées. Je n’ai pas non plus compris pourquoi avoir brossé ainsi le
portrait de Séverina si c’était pour l’enterrer totalement après,
qu’aucune leçon ou autre révélation ne soit retirée de son passé.
Le
synopsis de ce roman m’attirait mais en fin de compte cela n’a pas été
un coup de cœur. Je terminerai sur un dernier point qui me laisse
perplexe, à savoir la couverture. Qui est la jeune femme sur la
couverture ? Ce n’est pas Séverina puisqu’elle ne portait pas d’épée
lorsqu’elle portait ce nom, et ce n’est pas Marie puisque Marie est
masquée. De plus, ses yeux devraient être verts. Et il n’est pas fait
mention de Jester sur le quatrième de couverture. Donc voilà, cette
couverture est jolie mais elle ne reflète pas le contenu…
Je
suis assez satisfaite d’avoir découvert ce livre que je n’ai pas détesté
du tout mais pour moi il n’y a pas matière à en garder un grand
souvenir et je ne pense pas le conseiller autour de moi.
Chronique de Sherryn
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Je souhaite tout d'abord remercier les éditions Le pré aux clercs pour
m'avoir permis de découvrir une de leurs parutions au Québec. C'est avec
grand plaisir que je me suis plongée dans l'univers de Marie.
Cependant, l'histoire ne s'est pas avérée à la hauteur de mes attentes
et je vous exposerai pourquoi dans les les prochains paragraphes.
Concernant
le style de l'auteure, je l'ai trouvé vide et sans émotions. Des
phrases pourtant bien écrites et de longueur acceptable, mais les mots
de transportaient rien. Le résumé est pourtant prometteur à première
vue, mais la façon dont l'histoire est rédigée ne reflète pas la
quatrième de couverture. Le roman est divisé en trois livres qui ont un
petit lien conducteur entre elles, car les personnages principaux
reviennent. Ils évoluent un peu, mais une personne pourrait débuter par
le second volume et comprendre tout de même l'histoire. Les chapitres ne
possèdent pas de titre et sont très courts, facteur qui m'a plus ou
moins dérangée, mais en général, dans des romans de fantasy, j'apprécie
avoir des titres évocateurs et magiques.
Pour ce qui est des
personnages, ces derniers avaient un potentiel mal exploité. J'ai eu
l'impression de n'apercevoir qu'une enveloppe charnelle sans âme. C'est
le chaos dans l'histoire, l'eau monte et les villes se font engloutir,
mais les personnages ne semblent pas inquiets outre mesure. C'est un peu
incohérent. Les émotions sont quasi absentes ou mal décrites, car on ne
s'attache pas aux personnages et on ne parvient pas à entrer
profondément dans l'histoire. L'intrigue donne l'impression d'avoir été
survolée et manque un peu de profondeur. Marie est une guerrière
méchante qui sème la terreur auteur d'elle. Elle a été capturé et
couverte de Cendres et appartient maintenant à cette église. Son but est
de prendre possession de diverses contés avec son armée. Cependant,
elle se heurte à des gens qui tentent de survivre du mieux qu'ils
peuvent du à l'eau douce qui se raréfie. Ils se battent, mais je trouve
que Marie gagne trop facilement. L'action est brève et sans éclat. Il
n'y a pas de suspense. Le personnage que j'ai trouvé le plus humain et
émotif, c'est le docteur Joad, mais il aurait facilement pu avoir plus
de présence.
Concernant l'histoire, j'ai trouvé qu'elle manquait
de profondeur tout comme les personnages. Des armées qui désirent
prendre le contrôle, de l'eau qui monte et peu de mots pour représenter
l'ampleur du phénomène. Les créatures maléfiques qui sont supposées
vivre dans l'eau n'ont qu'un rôle secondaire alors qu'elles auraient du
semer la terreur partout. Ce n'est que vers la page 300 qu'elles
commencent à vraiment montrer leur nez. Je trouve dommage que le sujet
de ce roman ait été mal exploité, car le fantastique et la fantasy
auraient pu donner plus de brillance à ce roman. Il s'agit dans ce
cas-ci d'une narration qui n'évoque pas beaucoup. Elle ne rend pas bien
compte des actions et des descriptions.
Mais il n'y a pas que du
négatif, j'aimerais mentionner que malgré tout, j'ai apprécié l'idée
directrice de l'histoire. Le squelette est là, mais plus de chair autour
de l'os n'aurait fait que rendre l'intrigue plus savoureuse.
En conclusion, une idée qui a du potentiel, mais qui a été mal développée.
Chronique de Salsera